Temps d’écoute: 10 minutes

Des objectifs. Une trajectoire. Des contributions d’Etats. Où en sommes nous 5 ans après ? Quel Leadership ? Quel impact ?

 

Gérald Maradan, Cofondateur et Directeur Général d’EcoAct et au micro de Vanessa Logerais, Fondatrice et dirigeante de l’agence Parangone.

 

Vanessa Logerais : Gérald Maradan, nous fêtons ce 12 décembre les 5 ans de l’Accord de Paris. Mais que fêtons nous ?

Gérald Maradan : “En 2015 il y avait un engouement énorme au moment de la signature de l’Accord de Paris il faut voir qu’il y a eu plusieurs COP successives, année après année, avec plusieurs échecs. En 2015 lors de la COP21, l’ensemble des parties, c’est-à-dire l’ensemble des pays du monde qui font partie de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique se sont réunis et se sont enfin mis d’accord sur un texte de 28 pages qui fixait les grands objectifs en matière de lutte contre le changement climatique. Engouement assez exceptionnel, grosse caisse de résonance médiatique,  félicitations de l’ensemble des pays, d’une grande partie des scientifiques, de la société civile.”

 

Vanessa Logerais : Sur quels objectifs s’est construit cet Accord de Paris ?

Gérald Maradan: Dans cet Accord de Paris il y a 2 objectifs principaux.

“Le premier :  limiter l’augmentation des températures par rapport à la période pré-industrielle à + 2 degrés. Pourquoi +2°C ? Parce qu’au-delà de +2°C il y a des effets de seuil et il y a des risques d’emballement de la machine climatique qu’on pourrait ne plus contrôler. Comme les scientifiques n’ont pas de visibilité au-delà de ce seuil, on s’est dit qu’il fallait être prudent et qu’il fallait absolument limiter cette augmentation a +2°C, et dans la mesure du possible, d’essayer de se rapprocher des +1,5 °C. C’est ce que dit l’Accord de Paris.

Le deuxième objet objectif, qui est un corollaire à celui-là, c’est de dire que pour rester sous les +2°C, il fallait que le monde atteigne une neutralité carbone dans la seconde partie du siècle. « Neutralité carbone », ça veut dire qu’on doit limiter au maximum les émissions anthropiques (ie émises par l’homme), et qu’on doit augmenter notre capacité d’absorption des émissions de CO2 en augmentant les puits de carbone. Par exemple en développant des forêts pour que, finalement, du point de vue net, on n’ajoute aucune émission de CO2 dans l’atmosphère. On a donc ces 2 objectifs +2°C  (si possible +1,5 °C) et neutralité carbone.”

 

Vanessa Logerais :  5 ans après, toujours pas de mode d’emploi ?

Gérald Maradan : “5 ans après l’engouement est largement redescendu et on pourrait considérer que l’Accord de Paris est finalement un semi-échec. La première phase était de se mettre d’accord sur ses objectifs généraux, mais ensuite il fallait écrire le livre de règles que sont les modalités d’application de l’Accord de Paris. C’est comme si par exemple on devait se mettre d’accord sur le fait de protéger l’environnement, je crois qu’on arriverait à avoir une adhésion assez facile et tout le monde signerait en bas de la page pour dire qu’on doit protéger l’environnement. Cependant, comment  le faire et mettre en œuvre des actions concrètes, c’est quand même plus difficile. C’est un petit peu ce qui se passe dans l’Accord de Paris parce que on s’est mis d’accord sur ce texte général, mais en revanche le livre de règles, on n’a toujours pas réussi à l’écrire 5 ans après. Alors on s’est mis d’accord sur des dispositions techniques, on a écrit partiellement ce livre de règles, mais il y a quand même des sujets qui sont extrêmement importants. Par exemple l’article 6 de l’Accord de Paris, qui a trait à la coopération internationale, où on n’a pas avancé d’un pouce.

C’est là que réside finalement l’échec de l’Accord de Paris et aujourd’hui, les COP, année après année ce sont plutôt des COP techniques de réunions de techniciens. On n’a plus de chef.fes d’État qui se déplacent pour se rassembler au moment des COP. Par exemple lors de la COP 25, on a eu un ministre français qui est venu une demi-journée juste pour faire un saut, et puis c’était terminé ! On n’a plus du tout cette caisse de résonance médiatique et finalement, on a une disparition progressive de l’UNFCCC, la Convention Cadre des Nations Unies contre les Changements Climatiques (CNUCC) qui disparaît petit à petit du paysage.

On a un affaiblissement du rôle de l’ONU. D’ailleurs le secrétaire général de l’ONU a une énième fois signalé le fait que l’humanité faisait une guerre à la nature et que c’était suicidaire, quasiment personne n’a relevé, ça n’a eu que très très peu d’écho. On a un affaiblissement de la voix de l’ONU et il ne reste de l’Accord de Paris que ces 2 grands objectifs : neutralité carbone et +2°C.  Selon moi ces objectifs viennent plutôt du GIEC, puisqu’ils sont issus du rapport du GIEC de 2014. C’est plutôt le GIEC qui rassemble l’ensemble des scientifiques qui ont fixés ses objectifs qui ont été ensuite repris par l’Accord de Paris.”

 

Vanessa Logerais :  Pour autant il y a eu des événements marquants ces 5 dernières années ?

Gérald Maradan : “Je dirais que si on regarde les 5 dernières années, les 2 éléments principaux qui ont eu lieu dans la lutte contre le changement climatique c’est : premièrement ce qui s’est passé au mois de septembre 2020, avec l’objectif de neutralité carbone qui était affiché par la Chine, et l’atteinte d’un pic des émissions en Chine en 2030. C’est quand même un vrai un vrai changement. Il faut savoir que la Chine représente 30% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, et ce poids devient de plus en plus important. On a absolument besoin d’une action de la part de la Chine si on veut résoudre le problème climatique. Sans la Chine on ne pouvait quelque part, rien faire. C’est l’événement le plus marquant des 5 dernières années.

On pourrait aussi noter le deuxième événement, qui est l’émergence de Greta Thumberg. C’est quelque chose qui est assez symbolique, mais le fait qu’une étudiante de 17 ans qui s’engage résolument dans la lutte contre le changement climatique et qui entraîne dans son sillage des millions de jeunes qui s’inspirent de son discours, son discours fait bouger les ligne. Elle fait bouger les politiques, elle fait bouger certaines entreprises avec un discours qui est un petit peu radical. Je dirai que ce sont les 2 événements principaux de ces 5 dernières années.

On aurait pu aussi citer l’élection de Donald Trump. C’est quand même le premier leader ouvertement climato-sceptique qui se fait partiellement élire avec ce discours populiste et qui entraîne dans son sillage de nombreux leaders climato-sceptiques qui se sont inspirés de lui et se sont fait élire. Donald Trump, c’est également le démantèlement d’une centaine de lois environnementales, avec des aspects qui sont désastreux sur le très long terme. Même si l’élection de Biden représente une dynamique qui est extrêmement positive, avant d’inverser la tendance il va falloir quand même quelques années. On aura le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris avec un objectif de neutralité carbone en 2050 (qui représente aujourd’hui 14% des émissions donc non négligeable), et puis on va voir, est-ce que peut-être, Biden où Kamala Harris vont reprendre le flambeau du leadership climatique, peut-être qu’ils vont se partager ce leadership avec la Chine. On a peut-être un espoir de ce côté-là.”

 

Vanessa Logerais :  La COP 26 peut-elle redonner un élan ?

Gérald Maradan : “La COP 26 devra quand même être scrutée, elle aura lieu en Angleterre fin 2021. On va voir si on arrive à se mettre d’accord sur ce livre de règles, et en particulier sur l’article 6 qui concerne la coopération internationale. Ça pourrait être un débouché positif, même si ça semble légèrement compromis.

Et puis on arrive dans la première période où l’ensemble des pays vont devoir améliorer leurs objectifs de de réduction, ce qu’on appelle les contributions nationales, puisque l’Accord de Paris dit que tous les 5 ans, les pays doivent améliorer leurs objectifs en se fixant l’ambition la plus haute possible. Alors bien sûr ce n’est pas contraignant mais plusieurs pays qui vont vouloir montrer qu’ils progressent. On sait déjà que l’Europe est en cours de discussion pour améliorer son objectif de réduction à 55%. Certains pays ont déjà remis leurs nouvelles contributions, par exemple le Brésil, (surprenant n’est-ce pas ?), et on devrait avoir une amélioration. Aujourd’hui si on regarde l’ensemble des contributions des pays, on est plutôt sur une tendance qui est entre +3 et +3,5 °C. On est loin des +2°C, on est encore très très loin des +1,5°C. Encore faut-il que l’ensemble des pays mettent en œuvre leur contribution, leurs objectifs ce qui n’est pas le cas de tout le monde, ce n’est pas le cas de la France et ce n’est pas le cas de nombreux pays. On pense que si on améliore ses objectifs on devrait petit à petit se rapprocher +2°C.

Ce sont les 2 éléments importants de la prochaine COP: est-ce qu’on va se mettre d’accord sur l’article 6 et est ce qu’on va finaliser le livre de règles, est-ce qu’il y aura une dynamique autour des pays qui vont améliorer leurs contributions nationales ?”

Vanessa Logerais :  Merci, Gérald Maradan.

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Vanessa Logerais

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